FALÉMÉ, SENEGAL UND MALI

Peuplement humain et paléoenvironnement en Afrique

Le programme de recherche « Peuplement humain et paléoenvironnement en Afrique » : la campagne 2014 dans la moyenne vallée de la Falémé, Sénégal et Mali.

Cette deuxième campagne de recherche s’est déroulée en deux temps. Du 6 au 19 décembre 2013, une équipe restreinte comprenant le coordinateur (E. H.) s’est chargée des préparatifs techniques et administratifs, tant au Mali qu’au Sénégal. Les recherches proprement dites, archéologiques, ethnoarchéologiques, historiques et paléoenvironnementales, se sont déroulées du 9 janvier au 20 mars 2014. Elles ont vu la participation de 16 chercheurs (suisses, français, sénégalais et maliens), de 9 étudiants (suisses, sénégalais et maliens), de 2 techniciens suisses et de 8 techniciens spécialisés maliens. Une quinzaine de villageois locaux ont été engagés comme manœuvres sur les différents chantiers, comme traducteurs et pour l’intendance. Un nouveau camp de base a été aménagé au bord de la rivière Falémé, à 2 km au sud du village de Toumboura, soit à une vingtaine de km au nord de l’emplacement des années précédentes. L’équipe ethnoarchéologique a, quant à elle, logé une partie du temps en amont, dans le village de Khossanto.

Les trois premières semaines ont été consacrées à une campagne de prospection pédestre, menée dans la continuité de celle réalisée en 2012 plus en amont de la vallée. Une équipe, composée de deux à six personnes, a sillonné la rive gauche, ainsi qu’une bonne partie de la rive droite sur une quinzaine de kilomètres entre les villages de Sansandé, au sud, et de Missira, au nord. Nous avons adopté une démarche combinée, d’une part en quadrillant les surfaces accessibles, le long des érosions naturelles et des espaces dégagés, et d’autre part en nous laissant guider par nos collaborateurs locaux sur les sites qu’ils connaissaient déjà. Cette campagne nous a dès lors permis d’identifier 145 nouveaux sites, se présentant sous la forme de concentrations ponctuelles de mobilier archéologique, de vastes épandages de vestiges en surface ou d’importants gisements ayant conservé plusieurs niveaux stratifiés.

Concernant le Paléolithique, la mission a été particulièrement fructueuse avec de nombreux niveaux archéologiques identifiés au sein d’une stratigraphie dont la compréhension générale a été considérablement améliorée. En premier lieu, la poursuite de la fouille de Fatandi V, entamée en janvier 2013, a permis de préciser l’emprise du site, d’identifier des pièces diagnostiques (segments) et de compléter l’échantillonnage géochronologique. À Toumboura, trois sites (I à III) ont pu être sondés ou fouillés. Chacun a livré des vestiges en stratigraphie : petits segments, débitage peu élaboré et outillage sur éclat retouché, façonnage bifacial. Les datations sont en cours et ces données permettront de compléter les informations sur le Middle et le Late Stone Age, ainsi que sur les phases anciennes de l’Holocène. La localité de Missira I a également été investiguée : un ensemble lithique, correspondant vraisemblablement à l’occupation la plus ancienne stratigraphiquement bien localisée, y a été reconnu. L’assemblage se compose de grands éclats et de débitages de galets de quartz. Enfin, des sites ayant livré des pièces à l’allure archaïque (bifaces, galets aménagés etc.) ont aussi été examinés mais nécessiteront des études approfondies. Ces gisements esquissent la seconde chronostratigraphie de référence en Afrique de l’Ouest et s’avèrent être de première importance dans les débats portant sur le Middle et le Late Stone Age, ainsi que sur l’occupation de la région lors de la dernière phase aride à la fin du Paléolithique.

Concernant la période protohistorique, les prospections menées lors de cette mission ont permis de découvrir un vaste site protohistorique de plus de quatre hectares dénommé Toumbounto, qui se situe au nord est du village de Toumboura. Parmi la soixantaine de structures aux plans quadrangulaires ou circulaires que compte cette occupation, deux ont été fouillées. La première (st. 29) est un habitat circulaire de 4 m de diamètre, matérialisé par un alignement de blocs de grès associés à des fragments de céramique, des os, des objets en fer, de nombreuses perles et des charbons de bois. La seconde (st. 52) est une base de grenier quadrangulaire de 5m2 qui a livré 8 blocs de grès et de nombreux fragments de banco portant des traces de feu. La fouille de ces structures révèle plusieurs phases d’occupation pouvant s’étendre sur plusieurs siècles (datations en cours) et montrant une nette évolution de la culture matérielle.

Kontakt:
Prof. Eric Huysecom, Projektleiter
Dr. Anne Mayor, wissenschaftliche Mitarbeiterin
Silvain Ozainne, adjoint scientifique
Chrystel Jeanbourquin, assistante

Département d’Anthropologie de Université de Genève
Laboratoire Achéologie et Peuplement de l’Afrique (APA)
12, rue Gustave-Revilliod
1211 Genève 4

eric.huysecom@unige.ch
http://www.ounjougou.org

L’évolution favorable du contexte politique nous a permis de commencer les fouilles près du village de Farabana, sur la rive malienne de la Falémé. Une légère élévation en terre quadrangulaire, de 13 mètres de côté et de 1m50 de hauteur, nous avait été désignée en 1998 et en 2012 comme étant les vestiges d’un fortin précolonial d’où le général Faidherbe aurait extrait, en 1858, sept canons attribuables au XVIIe – XVIIIe s., tous encore visibles aujourd’hui dans le village. Si les établissements précoloniaux établis sur les côtes ont fait l’objet de nombreuses études, les installations européennes au cœur du continent, antérieures au début de la conquête coloniale du XIXe s, sont largement inconnues. Une tranchée de 2 m de largeur a permis de confirmer la présence d’un fortin en pierre et d’identifier deux étapes de constructions. Dans un premier temps, les Européens ont construit une tour carrée de 5m de côté, entourée d’une levée de terre. Dans un deuxième temps, cette levée a été remplacée par une plateforme de tir surélevée et d’un mur de soutènement de 2 m de hauteur. Nous avons eu la chance de découvrir un canon entier dans notre tranchée, lequel peut être daté du début du XVIIIe s. Nous avons également exhumé un abondant matériel archéologique comprenant essentiellement des céramiques locales et très peu d’objets d’importation européenne.

Les enquêtes ethnohistoriques et ethnoarchéologiques ont été menées cette année d’une part en amont, dans les villages voisins de Khossanto, sur le territoire de l’ancien royaume du Bélédougou, et d’autre part dans les villages situés au voisinage de Toumboura, au cœur du royaume du Boundou. Ces recherches ont permis d’avancer dans la reconstitution des dynamiques migratoires le long de la Falémé, ainsi que dans la compréhension de l’histoire des provinces historiques de la région, encore très mal connues. Les études ethnoarchéologiques ont quant à elles permis de documenter plusieurs traditions céramiques, malinké en amont et peul dans le Boundou, et d’amorcer la reconnaissance d’une tradition soninké en aval. Les pratiques sont semblables en ce qui concerne la technique de façonnage (moulage sur forme convexe), mais montrent des différences dans la préparation de la pâte, le choix des combustibles, les traitements post-cuisson et les décors. Cet artisanat étant en voie d’abandon dans la région, l’un de nos objectifs vise à mettre en évidence les mécanismes d’abandon d’une technique. Les enquêtes auprès des forgerons ont montré quant à elles le contraste des régions en matière de réduction du fer, et permettra d’établir une cartographie des vestiges et des techniques pour cette activité artisanale abandonnée depuis un demi-siècle.